La lettre du dimanche

Tous les dimanches, à l’heure où le village se vidait de ses pas, Madeleine allait jusqu’à la boîte aux lettres au bout du chemin. Elle n’attendait rien d’ordinaire, sinon peut-être un mot, une trace, un signe de sa fille partie vivre loin, de l’autre côté de la mer. Depuis des mois, les lettres se faisaient rares. Alors, ce matin-là, quand elle aperçut une enveloppe crème glissée entre les journaux, elle sentit son souffle se suspendre.

La lettre n’était pas signée. Pourtant, dès les premiers mots, Madeleine reconnut une voix qu’elle croyait perdue depuis longtemps. On y parlait d’un été ancien, d’un enfant endormi dans une voiture, d’une promesse faite sur une route de campagne. Elle s’assit sur le banc près du portail et relut plusieurs fois la dernière phrase : « Il est encore temps de dire ce que nous n’avons jamais su nous dire. » Le village semblait dormir, mais autour d’elle tout venait de recommencer.

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