Les rideaux de l’été
Quand Éléonore rouvrit la maison de sa grand-mère, elle trouva les rideaux encore tirés devant les fenêtres du salon. Le tissu fleuri, un peu jauni par le temps, gardait l’odeur de lavande et de poussière mêlées, comme si les étés d’autrefois n’avaient jamais vraiment quitté les lieux. Elle avait promis de vendre la maison avant la fin du mois, mais dès les premières heures passées entre ces murs, elle sentit le poids des souvenirs l’en empêcher.

Dans le vieux buffet de la cuisine, derrière un rang de verres dépareillés, elle découvrit un petit carnet à la couverture bleue. Sa grand-mère y avait noté des noms, des dates, des rendez-vous jamais honorés. À la dernière page, une phrase soulignée deux fois l’attendait : « Ce n’est pas la maison qu’il faut quitter, mais le silence. » Éléonore resta longtemps immobile, le carnet dans les mains, tandis que la lumière de fin d’après-midi glissait sur les rideaux fermés.
