L’album du dimanche
Chaque dimanche, Juliette descendait l’album photo de l’étagère la plus haute du salon. L’objet était lourd, recouvert d’un tissu fané, et ses coins étaient usés par les mains de trois générations. Elle le feuilletait lentement, page après page, en s’attardant toujours sur les mêmes visages : sa mère enfant, son père en costume clair, sa grand-mère devant un café disparu. Les photos semblaient tranquilles, mais Juliette y devinait des silences que personne n’avait commentés.

Un jour, entre deux clichés de vacances, elle découvrit une image qu’elle n’avait jamais vue. On y distinguait sa mère devant une gare, tenant la main d’un homme dont le visage avait été gratté. Au dos, une seule phrase : « Tu comprendras plus tard. » Juliette resta longtemps immobile, l’album ouvert sur ses genoux. Elle venait de trouver bien plus qu’une photo : la trace d’un passé que l’on avait voulu effacer.
